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Vous le trouverez, à l’entrée du bourg, assis devant son chevalet, une main suspendue à sa toile, patient, comme on l’était autrefois. Tel un gardien de phare, il veille, un oeil sur la mer ou la lande qu’il peint et repeint sans cesse et l’autre sur la rue et les vieilles pierres de sa cité médiévale. Elles ne doivent leur survie au fil des siècles qu’à quelques têtes de granit comme lui, assez fou pour ne laisser la modernité passer les portes de la ville. Entrez chez Coadou, et vous verrez la Bretagne des intouchables, nue, sans âge, dure , sauvage, lointaine, indifférente au tumulte qui se joue de l’autre coté, là où on ne va qu’à contre coeur, vers la capitale où les anciens n’allaient que pour échapper à la misère. Penchez-vous au dessus de son épaule, il vous emmène pour un tour des îles rasées par le vent, des phares de Sein et d’Ouessant, vous planez comme un oiseau au dessus de vieux gréements aux voiles ocres, de manoirs perdus dans la brume, de petites chapelles ou calvaires plantés sur un piton rocheux en mémoire des hommes qui ont pris la mer comme on part à la guerre, et sur la grève, où des barques couchées sur le flanc, tristes et endormies, attendent que l’eau remonte. |
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Spécialiste des brumes, le Coadou, s’il pouvait, il cacherait son pays derrière la brume et lui avec. S’il pouvait, Coadou, la Bretagne il ne vous la montrerait pas, il la suggérerait, ou même il la garderait pour lui tout seul et il ne sortirait plus de sa rêverie, de « l’Autre Monde » où les Celtes cherchaient ce que le monde réel ne pouvait leur offrir. Entrez chez Coadou, mais sachez le l’homme n’y a presque pas sa place, ici on est peu de chose. Ici les loups sont entrés dans la ville et ils n’en sont jamais sortis. |
